Partenariat

Signature d’un accord-cadre entre le Cnam et l’INRAE

1 juin 2026

© Vignette : AdobeStock.
Le Cnam et l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), ont scellé le 7 mai dernier un partenariat renforçant les liens déjà existants de longue date entre les deux établissements. Cette fois, on parle de pérennisation des relations, notamment dans les sciences humaines et sociales sur la question du travail et de l’activité. Mais pas que. Explications et points de vue.

Recherche en BiochimieUn accord-cadre peut être très informel, spécifiant une simple volonté de travailler ensemble, comme très élaboré, définissant alors point par point des objets de collaboration. S’agissant de celui que viennent de signer le Cnam et l’INRAE, il s’annonce comme une participation étroite pour faire aboutir des projets de recherche pointus. Du point de vue stratégique, ce rapprochement avec l’INRAE, organisme national de recherche (ONR), va permettre au Conservatoire d’accroître sa visibilité dans ce domaine, notamment auprès du Haut conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres).

Outre le renforcement des liens dans les recherches en sciences humaines et sociales (SHS), sur le travail dans le secteur agricole et agroalimentaire menés entre le Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD) du Cnam et le département Sciences pour l’action, les transitions et les territoires (ACT) de l’INRAE ou encore les travaux du laboratoire Formation et apprentissage professionnel (FoAP), l’objectif de cette nouvelle impulsion dans les relations Cnam-INRAE, c’est que le Conservatoire devienne cotutelle du laboratoire SayFood (ingénierie des aliments et bioproduits), actuellement affilié à l’INRAE, AgroParisTech et Université Paris-Saclay. Des chercheurs du Cnam participent déjà aux activités de SayFood, mais l’établissement souhaite y renforcer sa présence en participant aux prises de décision stratégiques de cette unité mixte de recherche (UMR). Les travaux de SayFood portent sur les processus physiques, biochimiques et microbiologiques qui gouvernent les transformations alimentaires et non alimentaires des bioproduits*. Le laboratoire SayFood développe aussi des approches pour repenser la biotransformation jusqu'à la consommation et contribuer à une innovation produits/procédés intégrant les contraintes de la production et les besoins/attentes des consommateurs.

Le Cnam et l’INRAE dans la recherche

En matière de recherche, le Cnam est pluridisciplinaire. Des sciences de gestion – ressources humaines, management, marketing, innovation, territoires, etc. – aux sciences humaines et sociales – économie sociale et solidaire, sociologie du travail, ergonomie, psychologie du travail, etc. – en passant bien entendu par les sciences de l’ingénieur – informatique, IA, mécanique, électronique, BTP, énergie et développement durable, chimie, etc.

Le cadre de la recherche à l’INRAE s’attache à trois domaines spécifiques : agriculture, alimentation et environnement. L’INRAE est d’ailleurs né le 1er janvier 2020, issu de la fusion entre l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (IRSTEA). Ses objectifs de recherche tournent autour des thématiques suivantes : atténuation et adaptation au changement climatique, sécurité alimentaire et nutritionnelle, transition des agricultures, préservation des ressources naturelles, restauration de la biodiversité, anticipation et gestion des risques. S’y ajoutent des enjeux plus territorialisés : conditions de vie et de rémunération des agriculteurs, compétitivité économique des entreprises, aménagement du territoire, accès à une alimentation saine et diversifiée pour chacun.

*Les bioproduits étant des matériaux, des produits chimiques et de l'énergie dérivés de ressources biologiques renouvelables, telles que les résidus de récolte, les sous-produits forestiers, les gaz résiduaires, les boues d'épuration ou le fumier.

3 points de vue sur ce nouveau partenariat Cnam-INRAE

Flore Barcellini, directrice du Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD) du Cnam, qui va contribuer aux activités de ce rapprochement

Le Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD) du Cnam travaille depuis de nombreuses années avec le département Sciences pour l’action, les transitions et les territoires (ACT) de l’INRAE, notamment avec des collègues ergonomes et psychologues du travail. Des réflexions très nourries ont porté et contribué à renouveler les cadres de la conception et de l'intervention avec les milieux professionnels développés en ergonomie au Cnam, utiles pour penser la conduite des transitions agroécologiques. L’approche en psychologie du travail du Cnam, ancrée sur des approches cliniques, est aujourd’hui également mobilisée pour travailler la question essentielle de la santé des agriculteurs. Notons également que des collaborations et enrichissements mutuels sont construits de longues dates entre l’INRAE, le CRTD et le laboratoire Formation et apprentissage professionnel (FoAP) sur des questions de didactique professionnelle. Une approche fondée là aussi par le Cnam. Aujourd’hui, ces travaux s’élargissent aux approches territoriales : le CRTD, SayFood (ingénierie des aliments et bioproduits) et HTI2S (Humanités, techniques, innovations, sciences et société), un autre laboratoire du Cnam, travaillent ensemble à la mise en œuvre d’un Agro Living Lab visant l’amélioration de la santé des sols (dans le cadre du projet européen Soilcrates). Autre exemple : le laboratoire Géomatique et foncier collabore avec plusieurs départements de l’INRAE sur les questions de politiques publiques territoriales dans le cadre des contributions de l'élevage à l'adaptation aux risques hydro-climatiques et aux impacts sur les systèmes agricoles locaux.

Collectif* : membres du laboratoire Sayfood (ingénierie des aliments et bioproduits) du Cnam

L'équipe de la spécialité « agroalimentaire » du Cnam et l’INRAE collaborent depuis 23 ans au sein d’une unité mixte de recherche (UMR) : d’abord SCALE (science de l'aliment et de l'emballage) devenue GENIAL (ingénierie procédés aliments) puis SayFood. Historiquement, les apports des chercheurs du Cnam étaient centrés sur la valorisation de matières premières végétales (utilisation et/ou caractérisation d’activités enzymatiques au cours de la structuration des produits alimentaires) lors des procédés de transformation dans deux filières alimentaires (blé/farine/pain et fruits et légumes), enrichissant ainsi les axes de recherche de l’UMR de façon très complémentaire. Les collaborations se sont ensuite élargies sur des aspects de génie des procédés, de production de molécules biosourcées et de valorisation de co-produits en produits à haute valeur ajoutée par des procédés propres et durables. L’équipe du Cnam actuellement rattachée à l’UMR SayFood par convention se réjouit de la signature de cet accord-cadre, qui permet de donner une autre dimension à cette relation. Aujourd'hui, plusieurs projets (agence nationale de la recherche, région Île-de-France, Banque publique d'investissement) intègrent à la fois des aspects liés à l’utilisation d’enzymes et de micro-organismes, mais aussi l’optimisation de procédés de transformation pour valoriser d’autres matières premières (légumineuses, pseudo-céréales) et des co-produits issus de l’industrie agroalimentaire, de façon à prendre en compte l’évolution des agro-ressources en lien avec les conditions pédoclimatiques (climat au sol). Ces projets s’inscrivent dans le plan France 2030 de souveraineté alimentaire et sont axés sur la conception d’ingrédients/aliments dans le cadre de la diversification des sources de protéines (diminution des protéines animales au profit d’alternatives d’origine végétale). Ils constituent aujourd’hui un enjeu sociétal majeur en lien direct avec les principes de l’économie circulaire.

*Abdulhadi Aljawish, Laure Bertrand, Rebeca Garcia, Stéphane Néron, Marion Pommet et Lalatiana Rakotozafy

Christophe Soulard, directeur du département Sciences pour l’action, les transitions, les territoires (ACT) de l’INRAE

Le département Sciences pour l’action, les transitions et les territoires (ACT) de l’INRAE regroupe 20 laboratoires menant des recherches sur les transformations vers la durabilité de l’agriculture et des systèmes agricoles. Au sein de l’INRAE, la spécificité de ce département est d’étudier comment les acteurs conduisent leurs activités et s’engagent ou pas dans les transitions agroécologiques et dans les transformations des systèmes alimentaires, dans quelles conditions et moyennant quelles innovations. Ce prisme d’analyse a conduit à développer des recherches avec le Cnam sur les transformations des métiers et du travail agricoles, au sein d’un réseau interdisciplinaire de chercheurs des sciences sociales, agronomiques et de l’environnement. Les collaborations avec le Cnam ont été tissées de longue date, notamment avec l’ergonomie, pour enrichir nos analyses et bénéficier d’un regard scientifique adossé à d’autres secteurs d’activités que l’agriculture. Ces collaborations ont conduit à s’engager conjointement en 2024 dans la construction d’un projet de recherche sur la notion de travail soutenable, en réponse à l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) « Programmes de recherche en sciences humaines et sociales ». La dynamique ainsi créée est à l’origine des assises du travail soutenable organisées au Cnam en octobre 2026. L’ambition de cet accord-cadre est d’élargir nos collaborations avec plusieurs laboratoires du Conservatoire, dans les domaines de l’ergonomie, la sociologie et la psychologie du travail, mais aussi dans les études des innovations, des questions foncières et d’aménagement, les sciences de gestion. C’est dans cet esprit qu’une rencontre entre chercheurs en sciences humaines et sociales des deux établissements est organisée en juin 2026, afin de partager des projets communs et identifier des sujets à investir dans les années à venir. Enfin, membre nommé au conseil scientifique du Cnam depuis 2022, j’ai découvert un établissement attentif à la compréhension profonde des activités humaines, via la recherche, l’enseignement et la promotion sociale par la formation. Je me réjouis du lancement de cet accord-cadre qui permettra de pérenniser des collaborations scientifiques et humaines de très grande qualité.