Science ouverte

Subwork : une nouvelle ressource ouverte pour comprendre la géographie sociale des emplois productifs

Immeubles logements sociaux

12 janvier 2026

À l’heure où les politiques publiques s’interrogent sur la réindustrialisation, l’essor du commerce en ligne et des plateformes numériques et la transition écologique, le projet de recherche Subwork propose un éclairage inédit sur le fonctionnement concret des économies urbaines et périurbaines. En mettant à disposition une base de données ouverte d’une richesse exceptionnelle, il renouvelle en profondeur notre compréhension des emplois productifs et de leur inscription dans les territoires.

Coordonné par Nantes Université dans le cadre du programme Ville productive du PUCA, le projet associe plusieurs équipes de recherche coordonnées par Adeline Heitz, enseignante-chercheuse au Cnam (Lirsa). Subwork incarne pleinement l’ambition de la science ouverte : produire des connaissances robustes, mutualisées et accessibles, au service de la compréhension collective du travail et des transformations sociales. Le projet vient d’ailleurs de remporter un prix science ouverte des données de recherche, organisé par le Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace. 

Rendre visibles des emplois essentiels mais méconnus

L’un des apports majeurs de Subwork est de dépasser une vision réductrice de la production limitée à l’industrie. Le projet s’intéresse à l’ensemble des activités productives matérielles qui structurent la vie quotidienne des territoires : logistique, commerce et distribution, entretien, réparation, artisanat, services de care, plateformes numériques ou encore bâtiment. Ces emplois, souvent occupés par les classes populaires, sont indispensables au fonctionnement des villes. Pourtant, ils restent largement invisibilisés dans les analyses classiques du travail, qui peinent à saisir des trajectoires professionnelles de plus en plus hybrides, précaires et éclatées entre plusieurs secteurs.

En recomposant les grandes nomenclatures statistiques, Subwork propose une lecture renouvelée de ces métiers et permet d’en suivre les évolutions dans le temps et dans l’espace. Cette approche met en lumière des formes de travail qui ont gagné en importance au cours des dernières décennies, sans pour autant bénéficier d’une reconnaissance à la hauteur de leur rôle économique et social.

Une géographie du travail profondément recomposée

Les premiers résultats issus de l’analyse diachronique, couvrant la période 1993-2017, révèlent une transformation profonde de la géographie des emplois productifs. Contrairement à l’idée selon laquelle les grandes métropoles seraient avant tout des territoires tertiaires, ces activités demeurent massivement présentes dans les aires urbaines. Elles ont toutefois été progressivement repoussées hors des centres, sous l’effet de la pression foncière, de la gentrification et des choix d’aménagement, pour se redéployer dans les banlieues, les zones d’activités économiques et les fronts d’urbanisation.

Ce déplacement spatial n’est pas sans conséquence. Il accentue le décalage entre les lieux de résidence et les lieux de travail des classes populaires, créant des situations de spatial mismatch qui pèsent sur les mobilités quotidiennes, le temps de transport et l’accès à l’emploi. Il contribue également à la formation de nouvelles centralités populaires en périphérie, souvent mal reconnues par les politiques urbaines, mais essentielles à l’équilibre économique des territoires.

Des enjeux sociaux et économiques majeurs pour les territoires

En mettant en relation les emplois productifs, leur localisation et les trajectoires des classes populaires, Subwork éclaire des enjeux centraux pour l’action publique. Les résultats montrent combien la question de l’emploi ne peut être dissociée de celles de la formation, du recrutement et de l’aménagement du territoire. Les activités productives reposent largement sur une main-d’œuvre peu ou moyennement qualifiée, confrontée à des conditions de travail exigeantes et à des opportunités de formation inégalement réparties selon les territoires.

La localisation des espaces de production influence directement les bassins de main-d’œuvre, les stratégies de recrutement des entreprises et les parcours professionnels. Elle conditionne aussi les mobilités, souvent contraintes, des travailleurs et renforce la dépendance à l’automobile, avec des effets sociaux et environnementaux importants. À ce titre, Subwork apporte des éléments essentiels pour repenser les politiques de développement territorial, en intégrant pleinement les activités productives dans les projets urbains plutôt que de les reléguer en périphérie.

Une contribution scientifique majeure du Cnam

Au sein de ce projet collectif, le Conservatoire national des arts et métiers a joué un rôle central dans l’élaboration méthodologique de la base de données. Les travaux menés par Adeline Heitz ont notamment permis de construire des nomenclatures professionnelles originales, de rendre cohérentes des sources statistiques hétérogènes et de produire une documentation scientifique rigoureuse. Ce travail de fond garantit la fiabilité, la lisibilité et la réutilisation des données par un large public, des chercheurs aux décideurs publics.

Une ressource ouverte pour penser la ville de demain

Conçue pour être utilisée à différentes échelles, la base Subwork permet d’analyser finement la répartition des emplois productifs, au lieu de travail comme au lieu de résidence, et d’en suivre les dynamiques territoriales. Elle offre ainsi un outil précieux pour comprendre les transformations des bassins de vie, des banlieues et des espaces périurbains.

En mettant en lumière l’importance des activités productives ordinaires, Subwork invite à repenser la notion de « ville productive ». Loin de se limiter aux fonctions tertiaires ou à l’innovation technologique, cette ville est aussi celle des métiers qui fabriquent, entretiennent, réparent, distribuent et prennent soin. En contribuant à ce projet, le Cnam participe pleinement à une réflexion collective sur l’avenir du travail, de l’aménagement et de la cohésion sociale, dans un contexte de profondes mutations économiques et territoriales.

Accéder à la base de donnée: https://nakala.fr/10.34847/nkl.c8caljc9

Le projet de recherche Subwork a reçu un prix science ouverte des données de la recherche, catégorie « créer un jeu de données manquantes », pour la conception et la mise à disposition de sa base de données "Subwork" sur les emplois et le travail en France.

Le prix science ouverte des données de la recherche est organisé par le Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace. La cérémonie de remise des prix s'est tenue le 1er décembre 2025, à l'Université Paris-Saclay, lors des Assises nationales des données de la recherche (ANDOR 2025).

Crédit photo: Christophe PEUS / Université Paris-Saclay

Crédit photo: Christophe PEUS / Université Paris-Saclay