INTERVIEW : Christine Erhel, directrice du CEET et professeure du Cnam

Christine Erhel, l’emploi et le travail passés au crible

9 avril 2018

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Second semestre 2018/2019
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Directrice du Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET), Christine Erhel a été nommée professeure du Cnam sur la chaire Économie du Travail et de l’Emploi au sein de l’EPN 9. Une double casquette qui lui permet de lier au mieux ses activités de recherche et d’enseignement. Elle nous détaille aujourd’hui son parcours et ses missions.

J’ai commencé à travailler avec le Centre de l’étude de l’emploi (l’ancien nom du CEET), parce que mes recherches portaient sur ces questions relatives aux politiques de l’emploi et à la comparaison internationale du marché du travail. Le CEE, devenu le Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) [lors de son intégration au Cnam en octobre 2016] est en effet un organisme important de recherche sur ces thématiques. Il se caractérise par sa pluridisciplinarité et sa dimension à faire le lien entre des recherches abstraites et la demande sociale (des questions de politique de l’emploi et du travail, qui intéressent tant le gouvernement, que les partenaires sociaux ou les acteurs économiques et sociaux en général). 

En 2010, j’ai été détachée au CEE, c’est alors que j’ai ainsi pu véritablement collaborer à la vie du Centre et coordonné un axe de recherche, portant sur les « Politiques publiques et emploi ». J’en ai assuré la co-direction puis la direction.

Fin 2015, le ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, ainsi que celui en charge de la Recherche m’ont chargée de préparer l’intégration du CEE au Cnam, sur le plan scientifique. L’enjeu était important : il s’agissait de continuer à faire vivre le Centre tout en l’intégrant dans un univers où les possibilités de synergies sont fortes. Plusieurs laboratoires du Cnam travaillent en effet sur les thématiques du travail et de l’emploi. Développer des liens avec ces laboratoires et effectuer ce travail de préfiguration de l’intégration au sein du Cnam représentaient des perspectives intéressantes.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à endosser le rôle de directrice du CEET ?

Je suis devenue directrice au moment du départ de la précédente directrice, quelques mois avant l’intégration au Cnam. Le ministère du Travail m’a alors proposé d’occuper ce poste par intérim. L’idée était que je devienne directrice du Centre une fois que l’intégration aurait eu lieu, pour assurer une continuité et poursuivre l’intégration effective.

  • Quelles sont vos missions au poste de directrice du CEET ?

Elles sont nombreuses. En interne, il s’agit principalement :

  • d’assurer le suivi de la vie scientifique et courante du CEET. Je m’appuie pour cela sur notre responsable administrative, Christine Leprin, qui suit les aspects financiers et fait le lien avec les services administratifs.
  • de prendre part aux réunions relatives au CEET ou plus largement aux thématiques du travail et de l’emploi au sein du Cnam.

Vers l’externe :

  • de réunir le Conseil d’orientation du CEET où siègent des représentants du ministère du Travail et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. L’objectif est de diffuser les travaux du CEET, et d’échanger sur ses orientations de recherche.
  • d’assurer, avec le concours de la personne en charge de la communication et des publications, la diffusion des travaux du CEET, notamment par le biais du quatre pages Connaissance de l’emploi ou via l’organisation de conférences ouvertes à tous sur des sujets d’actualité, intitulées les Conférences du CEET.

  • Vous avez conservé une casquette de chercheuse au sein du CEET. Sur quoi portent vos recherches actuelles ?

Mes travaux portent principalement sur la question de la qualité de l’emploi et de ses évolutions, notamment dans une perspective de comparaison européenne. Dans ces travaux de recherche, je me penche aussi sur les liens entre l’innovation et l’emploi.

J’ai ainsi participé à un projet de recherche financé par l'Union européenne, dans le cadre du programme Horizon 2020 : il s’agit du projet QuInnE (Quality of jobs and Innovation generated Employment outcomes), qui arrive actuellement à son terme après quatre années de recherches. Dans le cadre de ce projet, je me suis tout particulièrement intéressée, avec des collègues du CEET, aux impacts des innovations sur l’emploi. Cette question a été abordée sous l’angle quantitatif et qualitatif : quels types d’emplois décrochent les personnes, quelles sont leurs évolutions de salaires... On essaye donc non seulement de regarder s’il y a plutôt des créations ou des destructions d’emplois mais aussi quels types d’emploi sont créés grâce aux innovations. Des prolongements sont envisagés au sein du CEET sur ces thématiques. Ainsi, QuInnE restera un projet important dans les années à venir.

Récemment, j’ai également développé des travaux sur la question des évolutions de la productivité du travail, toujours dans une perspective comparative européenne. Le but était d’acquérir des pistes d’explication de ce que l’on constate depuis plusieurs années, avant même la crise de 2008 : on note une tendance à la baisse pour la productivité du travail, ce qui peut être inquiétant pour la croissance. Avec mes collègues, j’ai cherché à comprendre quels pouvaient être les mécanismes expliquant cette baisse de la productivité. Nous avons notamment mis en avant des facteurs liés au marché du travail, notamment le développement d’emplois temporaires courts et/ou à temps partiel, associés à des logiques de baisse du coût du travail, ou encore des comportements de rétention de main d’œuvre (surtout) qualifiée dans un contexte de récession. Ce projet vient également de prendre fin mais devrait donner lieu à des approfondissements.

  • Au 1er juillet 2017, vous avez pris les fonctions de professeure du Cnam sur la chaire Économie du travail et de l’Emploi, au sein de l’équipe pédagogique nationale Économie, Finance, Assurance, Banque (EPN 9). Qu’est-ce que cela change pour vous ?

    Ce nouveau poste me permet d’être à 100% au Cnam. Ce qui est plus confortable que ma position précédente où j’étais à la fois à Paris 1 et au Cnam (depuis l’intégration du CEET au Conservatoire). J’ai ainsi la possibilité de mieux lier mes recherches et missions de coordination au sein du CEET avec mes activités d’enseignement. Cela apporte plus de cohérence à mes actions. D’autant que j’assure des enseignements en lien avec mes recherches et plus largement avec les objets sur lesquels nous travaillons au CEET. C’est notamment pour cette raison que j’ai proposé l’ouverture d’une unité d’enseignement (UE) consacrée aux transformations du travail et de l’emploi. Celle-ci devrait ouvrir au deuxième semestre 2018/2019.

  • Quelle est votre volonté en lançant cette nouvelle UE Transformations du travail et de l’emploi ?

    L’idée de ce cours est de donner une grille de lecture et des éléments d’analyse sur les transformations de l’emploi et du travail, aujourd’hui très importantes. Parmi les tendances fortes, on observe une hausse de la flexibilité de l’emploi. Au niveau des contrats de travail, le nombre de CDD s’est accru tandis que leur durée s’est souvent raccourcie. Par ailleurs, le travail indépendant connaît une certaine croissance, avec ce que l’on a appelé l’ubérisation. Mais cette flexibilité recouvre aussi des aspects plus fonctionnels du travail : les entreprises vont davantage demander à leurs salariés de changer de postes ou d’attributions précises de leurs fonctions. L’objectif de polyvalence s’est ainsi beaucoup développé au sein des entreprises.

    Les transformations touchent aussi les politiques publiques. La régulation du marché du travail a fortement évolué. Nous touchons ici à l’actualité des ordonnances réformant le droit du travail et à leurs conséquences qui seront certainement importantes, tant dans la manière dont se déroulent les relations sociales dans les entreprises, que pour les ruptures de contrat possibles.

    Ces mutations sont à l’œuvre en France mais aussi partout en Europe. L’UE comportera une forte dimension internationale, et analysera de manière approfondie quelques pays emblématiques. Ainsi, nous regarderons attentivement l’Allemagne, qui a fait des réformes très importantes sur le marché du travail. C’est un pays souvent observé dans une perspective comparative internationale. L’Angleterre sera également étudiée : il est intéressant de regarder comment a évolué ce marché du travail très libéral, où la flexibilisation a été particulièrement poussée. Et puis, il est aussi captivant d’observer des pays de traditions très différentes, plus sociales-démocrates, comme les pays nordiques. En matière de politiques de l’emploi, ils usent abondamment des négociations sociales et ont mis en place des dispositifs ambitieux à la fois pour former les personnes en emploi et les chômeurs.

    Ce cours s’adresse à tous : en tant que citoyens, aborder ces questions générales est sans doute utile afin de se doter d’un regard sur les évolutions à prévoir sur le marché du travail. Mais de façon plus spécifique, le cours peut intéresser tous ceux qui vont avoir à gérer de près ou de loin ces transformations au sein de l’entreprise : les ressources humaines comme tous ceux qui sont en position de management. Ces connaissances leur permettront de mieux resituer les objectifs qui vont leur être donnés. La formation touche un public très large : depuis ceux qui interviennent dans le domaine de l’orientation professionnelle jusqu’aux collaborateurs des cabinets d’études ou des administrations publiques, et l’ensemble des cadres en entreprise.

  • Vous êtes également l’une des membres du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), placé auprès du Premier ministre. Quelles sont les missions de cette instance ?

     Le Conseil d’orientation pour l’emploi vise à établir des échanges entre les administrations de l’emploi, les partenaires sociaux (des centrales syndicales et du patronat) et plus largement, des personnalités qualifiées, représentant différentes sphères du champ du travail et de l’emploi. Sont ainsi présents au sein du Conseil, des entreprises ainsi que des chercheurs. C’est une instance de concertation et d’expertise.

  • Quel rôle jouez-vous au sein de ce Conseil d’orientation pour l’emploi ?

    Depuis janvier 2017, je siège au COE, où j’ai été nommée sur proposition du ministère du Travail, par le Premier ministre. Mon objectif est de participer aux échanges afin d’apporter un regard qui tienne compte des recherches produites au sein du CEET et plus largement, au Cnam.

    En pratique, le COE produit des rapports, écrits par le secrétariat général. Les personnalités qualifiées, dont je suis, contribuent à ses travaux en conseillant les personnes à auditionner en fonction des sujets, et en relisant les rapports, que nous commentons. C’est un rôle avant tout consultatif.