Séminaire / Le risque

Le risque dans le contexte des mutations socio-économiques et environnementales

28 février 2017
9h30 - 12h

Ce séminaire associe, depuis novembre 2004, des travailleurs sociaux et des chercheurs. Il a été conçu par la chaire de Travail social du Cnam, le Groupement de coopération de Recherches en action sociale et médico-sociale d’Ile-de-France (GRIF), qui rassemble plusieurs instituts de formation en travail social, et le laboratoire Lise Cnam CNRS.

Avec Jean-François Gaspar, maître-assistant à  la Haute école de Louvain en Hainaut, et à la Haute école de Namur-Liège-Luxembourg, responsable du CÉRIAS Recherche, membre associé du Centre européen de sociologie et de science politique (Paris, équipe CSE) : « Misère de position » des travailleurs sociaux : la part du risque ;
Jingyue Xing, ATER au Cnam, L'exposition aux risques chez les personnes âgées en Chine.
Animatrice : Yvette Molina.


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  • Thématique retenue pour le séminaire 2016-2017

Le risque a été pensé comme un élément fondamental et même structurant de notre «modernité réflexive» (1). L’irruption de grandes catastrophes et menaces - telles que Tchernobyl puis Fukushima, l’affaire du sang contaminé ou encore la vache folle - génère de la peur, une crise de confiance dans les progrès et la technologie. Mais elle fait aussi de la question de la gestion de ces dangers un enjeu crucial. En matière de risque, c’est en effet la conscience de ceux-ci qui importe : à partir du moment où ils sont identifiés, ils génèrent de la peur et des actions visant à les juguler. C’est ainsi que la maîtrise des risques devient un enjeu majeur de nos sociétés occidentales contemporaines, où domine une «politique de vigilance» (2), où se diffuse un «principe de prévention» (3). Sous l’emprise de ce principe, de nouveaux facteurs de risque sont sans cesse mis à jour, motivant l’émission de prescriptions et de recommandations. Celles-ci, au demeurant, sont loin d’être toujours suivies, tant la perception des risques diffère en fonction des groupes et des catégories sociales, donnant lieu à diverses formes de justification et de rationalisation des conduites (4).

Le risque apparaît ainsi intimement lié aux notions connexes de responsabilité et de contrôle. Le risque apparaît d’abord consubstantiel à l’idée de responsabilité. D’une part, contrairement aux cataclysmes perçus comme «naturels», le risque est bien celui qui engage une responsabilité sociale, qui s'origine dans les décisions prises par une collectivité. D’autre part, le risque s’articule à l’idée d’une responsabilité individuelle des comportements, et ainsi à la question du contrôle. En santé publique par exemple, l’identification de comportements à risque va de pair avec l’objectif de leur éradication. La question du risque est ainsi intimement liée à des enjeux moraux, et à des formes de contrôle des comportements. Les politiques de réduction des risques en toxicomanie (5) militent de ce point de vue pour un abandon de la perspective moralisatrice en santé publique, en laissant chacun libre de ses comportements d’usage. Elles n’en abandonnent pas pour autant tout objectif de contrôle, en ce qu’elles misent sur une certaine pédagogie du risque lié aux usages de drogues, afin de stimuler chez les usagers des formes d’auto-contrôle des comportements. Plus largement, les politiques de prévention se confrontent également aux risques choisis. Car si les menaces provoquent de la peur et des tentatives de les juguler, sous d’autres aspects le risque peut être valorisé, recherché même. Le risque se fait alors étalon pour mesurer la saveur de son existence, la confrontation aux limites, le tutoiement de la mort de manière plus ou moins métaphorique procurant un sentiment d’existence. Autant de quêtes qui prennent une importance toute particulière au moment de l’adolescence, précisément lorsque l’estime de soi et les capacités ne sont pas assurées, voire quand la signification de l’existence ne va plus de soi (6).

Le travail social n’échappe pas à cette montée du risque. On voit déjà comment, au travers des comportements à risque, le travail social peut se confronter à ces questions. Par ailleurs, le secteur, comme ailleurs, a vu l’irruption des « risques psycho-sociaux » (RPS). La question de la responsabilité des professionnels y est aussi cruciale. En dernière instance, la question du risque en travail social renvoie ainsi à l’éthique, c’est-à-dire aux principes au nom desquels la décision sera prise de courir le risque.

(1) Beck Ulrich, La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, Paris, Aubier, 2001.
(2) Chateauraynaud, Francis et Torny Didier, Les sombres précurseurs. Une sociologie de l’alerte et du risque, Paris, Editions de l’EHESS, 1999.
(3) Peretti-Wattel Patrick, Moatti Jean-Paul, Le principe de prévention. Le culte de la santé et ses dérives, Paris, Seuil, 2009.
(4) Idem.
(5) Coppel Anne, Peut-on civiliser les drogues ?, Paris, La Découverte, 2002.
(6) Le Breton David, Passions du risque, Paris, Métailié, 1991.

  • Prochaines dates :
    Mardi 28 mars 2017 : Les principes de prévention et de précaution dans les politiques publiques
    Patrick Peretti-Watel, Olivier Borraz (à confirmer)
    Animatrice : Brigitte Berrat

    Mardi 16 mai 2017 : Les risques dans l'action sociale, les pratiques
    Barbara Rist, Marie- Christine Bureau, Catherine Lenzi
    Animatrice : Anne Petiau