Appel à communications - Colloque international

Le doctorat, entre certification académique et titre professionnel. Quel sens revêt l’engagement en formation doctorale par VAE ?

15 novembre 2017
17 novembre 2017

Si le doctorat sanctionne une formation à la recherche par la recherche, une expérience de recherche continue d’être un objet d’étude pour de nombreux chercheurs au regard des problématiques de formation et d’insertion professionnelle des doctorants en fonction de leur profil, des compétences acquises et de leur reconnaissance. Or, la perspective de son obtention par la voie de la validation des Acquis de l’expérience (VAE), ouverte depuis 15 ans, peine à être empruntée...

Présentation du colloque

La finalité de ce colloque vise à interroger les formes de connaissance et de reconnaissance en même temps que les motifs d’engagement en formation doctorale par VAE en même temps que la nature des résistances aux changements qu’engendre toute innovation pédagogique. Comment la certification académique peut-elle être (re)connue professionnellement, et à quelles conditions l’expérience de la recherche peut-elle être (re)connue académiquement ? Si ces principes de construction de la connaissance et de la reconnaissance d’une certification sous-tendent l’organisation de cette manifestation, il importe de préciser que cette dernière s’inscrit dans le prolongement d’une recherche-action (2015-2017) conduite dans le cadre d’un projet expérimental relatif au doctorat par VAE, plus particulièrement en architecture. Le point d’entrée privilégié est donc celui du doctorat par la VAE en architecture dans la mesure où l’expérimentation conduite offre l’opportunité d’une contribution à l’affirmation disciplinaire de l’architecture au niveau doctoral.

Pour autant l’intention est de s’intéresser aux différents champs disciplinaires du doctorat par VAE en France, en Europe, et dans le monde tout en le mettant en regard des autres modes d’accès au doctorat que sont par exemple le doctorat traditionnel et le doctorat sur travaux. Au-delà de la réalisation d’un état des lieux du doctorat par VAE, l’ambition est d’identifier les possibilités de transfert des résultats issus de l’expérience conduite dans le champ de l’architecture vers d’autres secteurs disciplinaires, sachant que cette expérimentation est également porteuse d’une démarche de recherche d’affirmation et de légitimation du doctorat en architecture. Pour cela, il convient d’interroger les postures des acteurs du dispositif de doctorat par VAE, tout en mettant en regard les savoirs académiques par rapport à ceux issus de l’expérience.

Dès lors, l’objectif de ce colloque est aussi de tenter de cerner le sens que les acteurs concernés par la mise en œuvre du doctorat par la VAE lui attribuent : quels sont les motifs d’engagement en formation doctorale par VAE ? Ceux-ci varient-ils en fonction du genre, du type d’acteurs, d’évènements survenus durant le parcours personnel ou professionnel de chaque individu ? A quel moment du parcours de vie personnelle et professionnelle le désir de formation fait-il sens ? Comment la recherche de sens peut-elle passer par une interprétation de son expérience professionnelle, personnelle et sociale ?

D’une certaine manière, tout questionnement sur le sens relève du paradoxe ou de la tautologie : « Est-ce que le sens existe ? ». L’expression : « cela n’a pas de sens », ne signifie-t-elle pas qu’il existe quelque chose qui « fait sens ». Ce qui importe, c’est donc la compréhension préalable du sens de la description définie, faute de quoi, le problème ne se poserait même pas. C’est cela qui a incité von Wright à dire « qu’on doit d’abord connaître les conditions sous lesquelles une proposition a du sens avant de pouvoir poser la question des conditions de sa vérité » (1965 : 74). Or, le dispositif du doctorat par VAE est à la fois « production transactionnelle », et moyen de coopération entre les institutions, et, il ne saurait être réduit ni à l’acquisition de compétences à travers le parcours de validation des candidats, ni à la validation de leurs savoirs professionnels, car il s’y construit concomitamment un sens pour soi, pour les autres et pour les institutions, d'une inscription et d'une pratique professionnelle et académique de la recherche. Au-delà des prescriptions institutionnelles, il constitue, et est constitué par l’expression d’une multitude d’intentionnalités pratiques, entendues comme principe d'une signification intersubjective enracinée au niveau pré-objectif de l'expérience (Bourdieu, Wacquant, 1992).

Quels que soient les niveaux de formation, les secteurs disciplinaires, et les types d’activités de référence, si des invariants marquent le processus d’engagement et le sens que les acteurs lui donnent, des spécificités découlent néanmoins des contextes culturels et institutionnels de référence et d’appartenance, et méritent d’être pris en considération : disciplines, écoles doctorales… Aussi, nous invitons, tout enseignant-chercheur, chercheur, mais également tout usager, professionnel ou acteur confronté aux problématiques de l’accompagnement, de la formation et du conseil en matière VAE à soumettre des propositions de communications ou à proposer des témoignages.

Le colloque s’articulera autour des axes thématiques suivants :

Axe 1 : Motifs d’engagement en formation doctorale par VAE (motivations, sens…)

Quelles sont les théories motivationnelles qui valent pour les candidats à la VAE en vue de l’obtention d’un doctorat ? La meilleure maîtrise des modalités de recherche, la poursuite des investissements pour l’obtention de résultats reconnus président-ils à l’engagement en formation doctorale par cette voie ? Si Carré et Bourgeois s’intéressent à la formation pour adultes, pour interroger la motivation en lien d’une part, avec la dynamique de l’apprentissage et, d’autre part, avec l’engagement en formation, le processus VAE ne conduit-il pas à interroger autant les parcours professionnels, personnels et sociaux des candidats que leurs propres dimensions biographiques et identitaires ? Parler de motivation pour traiter la question de l’engagement en formation induit nécessairement l’idée que le salarié est le principal décideur de sa formation (Fenouillère, 2011) mais cette réalité ne dépend-t-elle pas des données sociologiques inhérentes aux profils des candidats ? Quelle concomitanc,e entre les notions d’engagement en formation et celles de besoin, d’envie, de désir et cela peut-il renseigner sur la volonté d’atteindre l’authenticité de la pensée et la connaissance développée dans l’expérience vécue au travers de la recherche ?

Axe 2 : Institutionnalisation du dispositif de doctorat par VAE (acteurs, enjeux…)

La forme que prennent les rapports à l’institution peut s’élaborer en fonction des interactions avec l’un de ses représentants comme entre accompagnateurs VAE et candidats, entre employeurs et employés, les premiers cherchant à favoriser l’engagement dans des parcours de validation des seconds. Toutefois, ces relations peuvent-elles également varier avec les caractéristiques du fonctionnement institutionnel, notamment en vertu des modes d’attribution des certifications et des qualifications, des rapports de pouvoirs qui s’y manifestent dans les routines d’exécution quotidiennes et légitimées, du degré de conformation aux exigences attendues de celles et ceux qui s’y engagent ? En définitive, l’institutionnalisation des dispositifs de VAE ne pourrait-elle pas être interrogée à l’aune d’une part, du produit des ajustements successifs et diffus réalisés entre les différents acteurs ou groupes d’acteurs engagés dans les jeux, et d’autre part, du résultat de l’incorporation dans ces jeux de tout un corps de règles objectivées – issues des ajustements antérieurs – perçues par les acteurs comme naturelles, inévitables, et donc appropriées à leur intervention (Nay, 2003) ?

Axe 3 : Reconnaissance (monde académique, monde professionnel…)

Quelles relations entre formation à la recherche par la recherche et mise en œuvre des compétences dans le domaine, si ce dernier est marqué par des pratiques en entreprise ou en milieu académique ? Quels invariants peuvent être identifiés comme indicateurs de comparaison entre les processus, les pratiques, les dispositifs à l’œuvre quelles que soient les voies par lesquelles les individus obtiennent leur doctorat ? Ces invariants se retrouvent-ils quels que soient les lieux (pays, types d’établissements…) ? Y a-t-il des traditions qui marquent des modèles scientifiques (selon les pays par exemple) ? La construction des parcours de formation doctorale peut-elle être impactée par les décisions politiques et des types de gouvernance induits ? Comment le processus d’appropriation des connaissances interroge-t-il le retour d’expérience sur le rapport aux savoirs académiques et aux savoirs de sens commun ?

Axe 4 : Accompagnement (relations pédagogiques, formes…)

La problématique de l’accompagnement apparaît avec une acuité particulière dans le cadre de l’obtention du doctorat car il s’agit « d’accompagner une transition » (Paul, 2004, p.90), ou plus exactement une « mutation » : aider l’individu à prendre du recul, de la hauteur par rapport à son expérience en matière de recherche. Le doctorant, candidat à la VAE, doit être en mesure de mettre des mots sur des tâches exercées dans le cadre de sa recherche et ainsi assurer une transition entre pratique et théorisation de cette pratique. Or, cette transition qui est à la base de la perception de compétence renvoie à une mise en forme « académique » souvent perçue comme difficile par les candidats » (Kefi & Bencherqui, 2013, p.122), quel que soit le niveau de formation. Comment accompagnement et formation vont-ils pouvoir profiter de cette cohabitation pour s’enrichir et s’interroger mutuellement ? Cette complémentarité peut-elle aussi venir rappeler que les expériences de travail peuvent être des opportunités d’apprentissage et de construction de nouvelles compétences ? Comment alors construire une relation pédagogique et scientifique ? Quels types de formation et de transformation des pratiques, la VAE engage-t-elle au niveau du doctorat ? Cela permet-il d’éclairer de nouvelles formes d’accompagnement ?

Axe 5 : Évaluation (qualité, parcours, référentiel, contexte…)

Comment évaluer la qualité d’un travail de cherche issu d’une expérience professionnelle, personnelle ou sociale ? Les acteurs peuvent-ils s’inscrire dans une épreuve de commensurabilité d’éléments hétérogènes au sens où toute action en matière de recherche peut être présentée sous l’angle de sa généralité ou de sa singularité ? Une des difficultés pour les doctorants par VAE réside dans le fait de rendre compte de l’action conduite à travers la formalisation des savoirs et des connaissances, comment font-ils tout en sachant que l’expérience est irréductible à l’action de recherche ? En est-il de même pour les accompagnateurs ou membres des jurys, en charge de construire des éléments de commune mesure entre des hétérogénéités multiples relatives aux différences et à la distinction qu’ils doivent opérer avec des cadres traditionnels de références qu’ils mobilisent pour l’évaluation d’une thèse de doctorat ? S’agit-il seulement de voir si les compétences « rentrent dans le référentiel compétence du docteur » ? Quel type d’évaluation par rapport à quel type de savoirs et quels types de profils ?

Les inscriptions

Les inscriptions sont à effectuer auprès de Leslie-Joyce Boston, assistante administrative du LIRTES : leslie-joyce.boston@u-pec.fr

Appel à communications

Ce colloque est structuré à partir de symposiums thématiques, de tables rondes, de communications en plénière ou en ateliers ; c’est pourquoi les interventions peuvent porter sur des travaux de recherche achevés ou en cours, la présentation de dispositifs pédagogiques expérimentaux et innovants, l’institutionnalisation de dispositifs de formation doctorale, des témoignages d’expérience, issus de docteurs, de membres de jury(s) de validation, de représentants d’école doctorale, d’accompagnateurs académiques et spécialistes de VAE.

Proposition de communication

Les propositions de communication devront comporter un titre accompagné d’un résumé (5000 signes max., espaces compris) en prenant appui d’une part, sur des éléments méthodologiques en vue de mettre en discussion les résultats obtenus, et d’autre part, en présentant un regard réflexif sur une des questions centrales en lien avec l’un des axes énoncés ci-dessus. 5 mots-clés maximum seront présentés en vue d’établir le lien avec l’un des 5 axes thématiques. Les contributions peuvent être co-signées, notamment en associant des doctorants.

Critères d’évaluation et procédure de soumission

Les propositions de communication seront évaluées par le comité d’expertise scientifique en fonction des critères, tels que l’explicitation de la problématique par rapport à la thématique choisie, la pertinence des références et la qualité de rédaction du résumé.

Toutes les propositions devront être envoyées aux deux adresses suivantes : pascal.lafont@u-pec.fr et pariat@u-pec.fr et

Date limite pour l’envoi des propositions : le 30 septembre 2017

Le retour aux auteurs : 21 Octobre 2017